Accueil » Créations » In Dreams » Structure et principes

In Dreams

Structure et principes

L’espace de jeu

Nous qualifions trois types d’espaces (dans l’ordre chronologique de leur apparition) :

  • un espace d’accueil (billetterie, bar ou équivalent), intérieur ou extérieur, connu des spectateurs et visible à travers le dispositif de vidéo-surveillance,
  • un lieu de représentation où se situent les spectateurs et, sur scène, un grand écran devant lequel se tient de dos le vidéaste, manipulateur des images,
  • le reste des espaces disponibles, les coulisses, inconnus du spectateur, rendus visibles et existants par le dis- positif de vidéo-surveillance.

Ainsi, nous prenons pour principe d’exploiter tendanciellement l’ensemble du lieu qui s’offre à nous et d’en révé- ler - en les explorant - les potentialités scénographiques. La frontière entre espace de jeu et espace du public se fera et se défera au cours de la représentation.

Le dispositif vidéo

Une série de caméras motorisées (pan, tilt and zoom) quadrille l’espace de jeu à la manière d’un dispositif de vidéo-surveillance, filmant en continu les différents espaces parcourus par les protagonistes et spectateurs de la pièce. Le vidéaste, équipé d’une régie à vue, effectue en direct un mixage de ces images, alors projetées sur un écran de fond de scène, et de ces sons diffusés dans la salle. En même temps que le spectacle se déroule sous nos yeux, une performance audio-visuelle et un film se construisent, dont le spectateur est l’un des protagonistes. La vidéo-surveillance agit ici comme un opérateur de multiplication d’espace, un multiplicateur d’emplacements. Des espaces éloignés se trouvent, par l’intermédiaire de l’écran, rendus présents ici et maintenant, interconnectés à notre espace sous forme de relations de voisinages. Par là même, ils acquièrent d’emblée l’ambiguïté d’être bien là, en même temps qu’ils n’existent que comme image, juxtaposés les uns aux autres selon une bidimensionnalité cartographiante et emprisonnante.
Il s’agit bien là d’un dispositif panoptique défini par la formule « voir sans être vu », mais dans lequel chacun joue un rôle à chaque instant interchangeable : chacun peut voir et être vu. « Nous ne sommes ni sur les gradins ni sur la scène, mais dans la machine panoptique, investis par ses effets de pouvoir que nous reconduisons nous- mêmes puisque nous en sommes un rouage. » (M. Foucault, Surveiller et punir, Gallimard, 1975, p 219)

Le rapport au spectateur

In Dreams se veut être un rituel. La représentation de théâtre en soi en est un, dans sa dramaturgie séculaire, la place attribuée à l’assemblée des spectateurs et le rôle des acteurs. Ici, nous voudrions que les spectateurs, isolément ou en groupe, puissent être invités à participer à la représentation, et que le spectacle ainsi offert rejaillisse sur l’ensemble des spectateurs pour lui rendre sensible le fait d’appartenir à une possibilité fictionnelle.
Ainsi, tel spectateur, pris à témoin et mené par l’un des protagonistes, peut devenir Jeffrey, celui par lequel est vue, et ainsi donnée à voir, la scène à laquelle nous assistons. Jeffrey est le personnage manquant, l’opérateur d’une possible identification pour les spectateurs. Le rapport direct au spectateur est un élément prépondérant de In Dreams. D’égal à égal, de complicité et d’instrumentalisation, ce rapport au large spectre est susceptible de métamorphoser momentanément ou durablement certains spectateurs en acteurs du rituel.
Tandis que Dorothy et Frank restent « à l’intérieur » du personnage dont ils sont l’incarnation, n’entretenant de rapport au spectateur qu’en tant qu’il figure le personnage de Jeffrey, Ben, entremetteur et maître de cérémonie, s’adresse directement au spectateur en tant que tel, l’invite à devenir personnage, lui prodigue conseils et indications de jeu.
Ben constitue donc une sorte d’interface entre les personnages et les spectateurs, organisant et régissant le passage d’un monde à l’autre. Il est à la fois à l’intérieur de la pièce, en tant que personnage, et à l’extérieur, dans la réalité de la situation du spectacle proposée aux spectateurs.
Ce jeu relationnel entre les opérateurs que sont Dorothy et Frank d’une part, Ben d’autre part et Jeffrey sous ses multiples incarnations potentielles, constitue l’espace dramaturgique du rituel.

Tandis que Dorothy et Frank restent « à l’intérieur » du personnage dont ils sont l’incarnation, n’entretenant de rapport au spectateur que tant qu’il incarne le personnage de Jeffrey, Ben, entremetteur et maître de cérémonie, s’adresse directement aux spectateurs en tant que tels, invitant l’un ou l’autre à devenir personnage, lui prodiguant conseils et indications de jeu.

In Dreams

Décembre 2014

Spectacle interactif sous vidéo-surveillance